Les affects dans les mouvements sociaux

Année 2020-2021

 

Responsable : Gokce Tuncel

Lieu :  EHESS 

Dates et horaires : à définir

 

Uniquement sur inscription : envoyez votre demande à  gokcetuncel@gmail.com

 

ARGUMENT

 

La question des affects dans les mouvements sociaux a longtemps été occultée
principalement à cause du dualisme profond de la culture occidentale opposant raison
et sentiment. Le sentiment étant considéré comme une composante de l’irrationnel.
Pourtant, l’équivalence entre cohésion sociale et rationalité, posée comme une
évidence par les philosophes des Lumières, a été remise en question par Freud qui a
montré les menaces du conformisme social et politique. L’individu pris dans une
intégration de type fusionnel dans la collectivité risquerait de perdre sa liberté
individuelle en se projetant sur un « nous » collectif. Dans la même lignée, pour
Rousseau, la cohérence rationnelle de la société du Contrat Social était intimement
liée à ses fondements affectifs. Tenant compte de l’importance des contradictions
internes au sujet, il concevait l’individu comme étant réconcilié avec lui même,
acceptant ses affects et sa volonté : ici la raison politique se définit comme une
aptitude à entrainer la conviction morale, à induire des affects positifs sur la
collectivité et non comme une connaissance. Dès lors qu’on adopte cette approche, le
cadre d’analyse structuraliste et organisationnel de l’action collective et des
mouvements sociaux ne suffit plus pour comprendre ce phénomène social hautement
complexe. Il devient nécessaire de s’interroger sur les interférences entre la réalité des
idéologies et leur idéal face aux modalités affectives selon lesquelles ils sont reçus et
vécus. S’inspirant des travaux qui insistent à la fois sur la portée somatique et
temporelle des affects et de leur rationalité politique, notre objectif serait de penser les
affects comme une manière d’être au monde, une façon de spécifier la visée
intentionnelle des sujets et des objets. Comment se fait-il qu’ils contribuent
pleinement à la configuration des actions, à la définition des ennemis et des alliées,
tout en établissant le ton de la narration sociale ? Quelles sont leurs spécificités dans
la méthodologie qualitative ? Comment bâtir un cadre analytique afin d’analyser le
rôle joué par les affects dans l’émergence des mouvements sociaux d’une part, et
d’autre part, dans le maintien (ou non) de la loyauté au groupe ?

 

 

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